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Un demi-siècle de création pour le peintre Benoît Côté.
L’énergie de l’oie des neiges captée sur la toile
Par une journée sublime d’octobre, l’artiste-peintre Benoît Côté, de St-Pierre, nous reçoit en toute simplicité et remonte, à notre demande, le cours de sa carrière artistique. Qu’il évoque ses débuts chez Zanettin, en 1960, son séjour en Europe à titre de boursier de la Fondation Greenshields ou l’exigeante préparation de son exposition Black is beautiful en hommage aux Antillais qu’il a côtoyés, l’artiste septuagénaire puise dans une mémoire sûre des anecdotes savoureuses, ponctuées de regards vifs, un sourire permanent à la commissure des lèvres. Sa carrière l’a amené à connaître Dallaire, Riopelle, Claude Picher, Jean-Paul Lemieux et bien d’autres. Il s’attarde au souvenir de ses rencontres avec Riopelle, son voisin de chasse à l’oie sur l’Isle-aux-Grues : « Riopelle chassait peu l’oie blanche… mais il s’imprégnait de leur beauté. » M. Côté, qui considère Riopelle comme notre plus grand artiste international, est fier d’avoir dessiné des oies bien avant que ce dernier n’y ait songé.
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Profondément enraciné sur l’Ile d’Orléans depuis 1960, il habite une vieille maison de pierre décorée d’un goût exquis et remplie de tout ce qu’un connaisseur d’art et collectionneur d’antiquités a acquis de plus beau au fil des ans. Un escalier nous mène à l’atelier : la lumière entre à profusion par une grande fenêtre donnant sur le pont de l’île, les pinceaux rangés en ordre de bataille et les millions de particules de peinture autour des chevalets attestent l’effervescence qui règne dans ce haut lieu de création.
C’est que Benoît Côté, après avoir peint finement la trame urbaine, des goélettes, et même des religieuses à la démarche leste, s’est attaqué au défi de peindre « les vibrations, le mouvement et l’énergie dégagées par l’oie des neiges en plein vol. » Lui-même chasseur, il fut un jour survolé à la Pointe d’Argentenay, par un camp d’oies : les cris, les bruissements puissants de leurs ailes et les vibrations de l’air l’ont convaincu à jamais de tenter de rendre sur la toile la grâce qui l’a touché à ce moment. C’est pourquoi depuis de nombreuses années les grandes oies blanches sont au cœur de sa démarche artistique. Devant la grande toile vierge, Benoît Côté laisse sa main librement esquisser des lignes fluides au fusain. Son cerveau est libre de toute distraction et petit à petit l’œuvre prend forme. Son art est vibratoire.
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Il faut voir ses « Nuages vibrants » plaçant en plein cœur d’innombrables oies dont les lignes et le coloris se confondent avec les brumes automnales. « Aucune de mes oies ne peut voler », déclare l’artiste avec humour. C’est vrai. Mais il arrive à nous montrer la vie et les mouvements qui l’animent. Il fixe sur la toile sa légèreté et la majesté de ses battements d’ailes sans s’astreindre à peindre à l’aide d’un réalisme scientifique. Ses oies gagnent en légèreté et s’élancent dans un joyeux désordre vers les grands espaces en nous entraînant à leur suite.
Nous retrouvons sur la terrasse, entourés des arbres qu'il a amoureusement planté un à un, le verre de vin à la main, et Benoît côté nous confiant « l’art l’a sauvé de l’ennui et lui a appris comment regarder le Beau, que ce soir un paysage, un meuble ou … une femme ». Sa compagne se joint à notre éclat de rire, le petit chien se blottit dans les bras de son maître, le soleil d’après-midi d’automne nous enveloppe de ses rayons. Le temps s’est arrêté pour nous laisser savourer le bonheur de vivre, tout simplement.
(Tiré d’un article de Pierre Pruneau dans le Journal Autour de l’Ile, novembre 2007, page 12)
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